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Couverture de Poésie arabe : trésors et oasis linguistique de l’esprit humain

Préface / Numéro spécial

Poésie arabe : trésors et oasis linguistique de l’esprit humain

Extramuros, Revista Literaria · 2003

Texte d’ouverture d’un numéro spécial d’Extramuros consacré à la poésie arabe contemporaine, selon une approche historique, culturelle et panoramique.

Coordination et sélection : Belén Juárez

EXTRAMUROS, Revue littéraire

Nº 31, VIIIe année, 2003

Numéro spécial consacré à la poésie arabe contemporaine

Poésie arabe : trésors et oasis linguistique de l’esprit humain

Podrán matar mis labios, destruir mis escritos y piedras,

pero unca mis versos,

los que llevó el viento sobre el camello del tiempo1

1 : Vers du poète préislamique Muhalhel (443-531 apr. J.-C.)

père de la poésie arabe et créateur de la qasida

Coordination et sélection : Belén Juárez

Traduction de la poésie : Laroussi Haidar

Traduction de la prose : Baba Haj ; Hussein al-Duweiri

S’il fallait justifier l’existence de la Poésie, la culture arabe serait sans aucun doute l’une des sources auxquelles il conviendrait de remonter. Depuis les temps les plus anciens, l’identité de l’Homme a trouvé sa justification dans l’affirmation d’une mémoire historique qui a permis d’enrichir et de célébrer la présence des êtres humains dans le Monde. Millénaire, vaste par ses contenus comme par les continents qu’elle embrasse, la culture arabe a trouvé dans la poésie orale et écrite une importante source de perception et d’expression. Si l’on se concentre sur la naissance et l’origine de ce genre littéraire dans le monde arabe, il faut souligner que de nombreux historiens considèrent que l’exaltation de l’âme et du corps est arrivée par la Poésie ; une poésie qu’il fallait défendre et protéger d’une possible destruction… Ainsi naquit la tradition orale transmise des parents aux enfants : on récitait et apprenait avec enthousiasme les vers des ancêtres, abritant et conservant leur contenu dans la mémoire. C’était donc une oasis d’une valeur incalculable qu’il fallait préserver pour les générations suivantes dans le coffre le plus sûr : la mémoire et l’histoire.

Al-Hariri, célèbre prédicateur de la mosquée de Samarcande au XIIIe siècle, disait à propos des poètes : « Ô poètes ! Ils souffrent pour leurs vers le tourment de la jalousie, comme ils pourraient l’éprouver pour de jeunes vierges… ». Le poète arabe est donc un être sensible et passionné par le langage, qui vit et transmet par sa gorge la nostalgie, la passion, la vigueur et la beauté de son âme. Sa voix est ardente et fait jaillir du langage une formidable invocation à l’enthousiasme ; ses chants portaient le parfum de la richesse de l’oasis et la grandeur du désert. Telle fut sans doute l’origine de la poésie arabe : une prose rimée et chantée qui reçut bientôt l’accueil d’un peuple remarquable par sa gratitude envers les sages de son temps.

Dans son évolution, comme nous le raconte l’historien et écrivain Suleimán El Bustani, l’identité poétique arabe naît véritablement trois ou quatre siècles avant l’islam, dans les voix de Muhalhel, Xanfara, Muzacab el Abdi et Barrac Ben Ruban. Ceux-ci s’appuyèrent sur une tradition poétique déjà existante pour composer leurs vers. Plus tard, cet art atteignit un magnifique apogée dans les compositions de Labid Ibnu Rabia, Zuhair ibnu Abi Sulma, Ezebiani, Al-Asha et bien d’autres.

Des tournois littéraires étaient organisés dans les souks, les plus connus étant ceux d’Ukaz, Dilmayaz et Maxda, lieux de rencontre consacrés aux émotions, au commerce et aux accords. Mais, avant d’être commerçant, l’Arabe est poète : on récitait des poèmes, on les jugeait et on les commentait, et le poète le plus célébré obtenait le respect et le privilège de la reconnaissance de tout le peuple. Les poètes pouvaient même dépasser les guerriers de leur époque dans leur condition de héros. Les vers récités passaient de bouche en bouche dans les campements, armes acérées et mordantes du peuple. Le poème servait d’instrument de guerre et trouvait sa riposte chez les poètes des peuples adverses. « …La blessure produite par une lance peut cicatriser ; celle que cause la langue est sans remède… ». Le poète était ainsi considéré comme le propagateur des honneurs de son peuple, le gardien de sa noblesse, la voix et l’écho de ses grands exploits, et le défenseur de sa propre histoire. Capable de soulever le peuple et de le convaincre d’agir, il jouait un rôle politique important dans la société : le Pouvoir trouvait donc refuge dans la Poésie.

Mais, dans tout ce qui précède, il est une question qu’il ne faut pas oublier : le rôle joué par la Femme dans l’univers du poète. Du côté des hommes, il faut souligner qu’aucun poète ne commençait ses qasidas sans consacrer ses premiers vers d’éloge et d’amour à sa bien-aimée. Chaque poète avait sa muse, et malheur à celui qui n’en avait pas ! La femme a toujours été un pilier de la composition poétique car, pour l’Arabe, l’amour est le temple de tout son temps passé, présent et futur. Les hommes n’étaient toutefois pas les seuls à goûter au plaisir de la poésie. Les femmes vivaient elles aussi dans cet univers poétique ; elles ressentaient et éprouvaient le besoin d’exprimer les souffles d’émotion qui les envahissaient derrière leurs tentures… Il y eut et il y aura toujours des poétesses, immenses proclamatrices d’expériences et de légendes : Zarca, l’Hébraïque Sara, Laila Bent Laquiz, Zahara Bent Rabia pour la première période ; Hilal Bent Munkid, Galila Bent Murra, épouse de Culaib, Safiya Bent el Harr, Hirmi, sœur de Tarfa, Nagxa Bent Damdam el Murri, Um Bistan, Sumaiya, grand-mère d’Antara, et les sept filles d’Abd-El Mutaleb pour la deuxième période, dite « de Basûs » (495-535) ; Umaia Bent el Amsi, Amra Bent el Hansá, Hind Bent Utatad, Safiya Bent Musafir, Catila Bent el Harrit, Safia Bent Abd-el-Mutaleb et Um Kalzum, qui vécurent pendant les guerres de 580 à 589. Beaucoup, beaucoup d’autres furent également d’importantes poétesses à des époques postérieures, acquirent la renommée et firent la fierté de l’Histoire du peuple arabe.

Après ce bref parcours aux origines de la poésie arabe, nous voici devant les poètes d’aujourd’hui, héritiers d’une culture dont les fondations se proclament désormais témoignage de Sagesse. Femmes et hommes, poètes, élèvent leurs voix et se présentent comme les fidèles héritiers de leurs ancêtres, les poètes d’autrefois, afin de démontrer une fois encore que la poésie permet d’exprimer tous les parfums et tous les soupirs de l’âme.

Considérons donc quelques-uns des plus illustres poètes arabes contemporains : Qassim Haddad, Ali Ahmad Sarqawi et Fawzia Al-Sindi de Bahreïn ; Salah Niazi, Saady Youssef et Sargon Boulus d’Irak ; Gassan Zaqtan de Palestine ; Yassin Adnan, Abdellatif Lâabi et Taha Adnan du Maroc ; Khalid Najjar de Tunisie ; Fuad Rifka et Etel Adnan du Liban ; Helmy Salem d’Égypte ; Muhammad Al-Harti d’Oman ; Dhabia Khamis et Maisson Saker des Émirats arabes unis ; Salem Barakat et Mamdouh Adwan de Syrie ; et Soulayma Rabaal d’Algérie. Je demande toutefois pardon aux nombreux poètes que je ne cite pas, faute de place dans la publication Extramuros. ■

Précision : pour lire les poèmes de ces auteurs, veuillez contacter Belén Juárez.