
1998
Revista Ficciones
Número 3

ARNALDO CALVEYRA
EL HOMBRE DEL LUXEMBURGO
Tusquets, 1997
Poèmes d'Arnaldo Calveyra, tirés des souvenirs qui remontent à sa mémoire, depuis un lieu du passé où se joue un présent apparemment immobile. Né en 1929 en Argentine, l'auteur s'installe à Paris par les paradoxes de la vie ; depuis lors, il a publié des poèmes, du théâtre, des romans et des récits. Les instants d'une promenade singulière dans un jardin quelconque font naître en lui une évidente impression de similitude. Il ne s'agit pas d'un livre voué à la nostalgie ou à la délicatesse d'une réalité douce : l'ouvrage présente une double perspective, presque les expériences d'un même présent en deux lieux et deux temps différents. Une source, qui revient tout au long des vers, devient le centre ou le point de mire de cette double perspective : une scène décrite, un jardin immobile, des personnages sans voix dont la présence se devine : Manantial fabricado, instanteen círculo, asciende su forma, asciende y recae en esoel agua, borrador, derrama, manera tan suya demencionar los jardines del sur incansablemente bellos. Envión aquietado del chorro,averigua por la rama que habrá de inclinarse en la altanoche —su instante narrativo—, palabras sin sílabas dela hora, gramo de sentido que empezará a faltarle el aire. Las personas que conversabanse ponen de pie, se dicen "au revoir"... Le livre se distingue par sa maîtrise du langage et laisse clairement apparaître la permanence d'une enfance et d'une adolescence argentines transportées dans les paysages froids de la ville de la Seine. C'est sans aucun doute une œuvre intéressante, faite de vers longs et descriptifs.

JUAN PASTOR
PARÉNTESIS DE TIEMPO, SILENCIO Y CURVATURAS
Devenir, 1998
Dans ce livre, Juan Pastor rassemble des poèmes écrits entre 1975 et 1983. Dans son premier ensemble, les poèmes, de structure et de contenu simples, sont en vers libres : ils laissent moins percevoir l'agressivité qu'un ton doux, mélodique, non romantique, qui révèle néanmoins la sensibilité de l'auteur.De la même époque, un an plus tard, viennent des textes de même orientation, peut-être influencés par le temps auquel ils appartiennent et qui empruntent, entre autres, les voies du sentiment.Dans sa dernière partie, il présente une prose poétique d'une grande maturité, une histoire solidement construite autour des questions absolues de l'esprit.Tout au long du livre, malgré l'écart des années auxquelles appartiennent les vers, frappe le ton obsédant de l'auteur dans la répétition de termes comme « dedos ». Cela n'est pas contestable ; l'auteur souhaite peut-être consigner de manière claire et manifeste toutes les sensations tangibles qui l'envahissent.L'auteur invite le lecteur à se balancer parmi tous les lieux habités par un temps, dignes d'être nommés et toujours rappelés depuis un silence écrit qui provoque le devenir logique de l'existence.

SERAFÍN PORTILLO
RECÓNDITO TRASLUZ
Edita la Junta de Extremadura. 1997. Consejería de Cultura y Patrimonio. Colección Poesía-24
Ce livre repose dans l'abîme des lumières et du temps. L'auteur connaît parfaitement les formes de l'écriture, mais pratique un classicisme reporté à nos jours, où son expérience personnelle n'a pas de place, tandis que peuvent y entrer toutes les expériences des hommes et des femmes. C'est donc un livre où rien et tout ont accès : où la sobre nostalgie de tout ce qui est indescriptible, la lumière, le temps, la solitude ou le silence, est captive des vers par le travail de l'écriture.Le livre se définit et s'encadre dans deux approches qui se mêlent au point de rencontre du sentiment humain : classique dans sa forme et son contexte, actuel par les touches qui font apparaître le temps de l'homme moderne, « Paisajes desde terrazas » face à « Paisaje desde el mar ». Le point de rencontre est le vide qui demeure lorsque l'être se tient sans défense devant les sentiments les plus ancestraux qui peuplent le destin de l'Homme.Soigneusement écrit, c'est une poésie qui se berce entre lumières et pénombres ; cette œuvre précise est une histoire sans titres, parmi des vers qui laissent deviner un titre unique : Recóndito trasluz.

CARMEN SERNA
RECUERDO EN LA NOCHE
Colección de Poesía: Devenir. Madrid. 1.ª Ed. Mayo, 1997
La poésie de Carmen Serna est facile à comprendre et touche en même temps l'âme dans sa douleur, par la passion et la douceur qu'elle porte. La Poésie elle-même atteint des chemins insoupçonnés ; il arrive que l'on cherche l'ambiguïté des mots et le doute du lecteur. Pourtant, il n'y a pas de secrets dans l'écriture de cette autrice, qui fait converger vérités et armures dans tout un monde de sentiments.Elle sépare son œuvre en différents titres autour de « Recuerdos de una noche », peut-être l'unique nuit qui habite la poésie de Carmen Serna.

ANDRÉS NEUMAN
PERTENECÍ
Colección Sureste Narrativa. 1997
Ce premier livre d'Andrés Neuman apparaît avec une portée symbolique lorsqu'il tente d'effleurer une réalité au sein du monde surréel. Écrire des récits auxquels on appartient tout en les dominant, puis cesser de leur appartenir comme on s'enfuit vers d'autres destins : telle est sans doute l'idée que laisse entrevoir l'auteur. Il se plonge en effet dans ses propres histoires et y trouve du plaisir, jusqu'au moment précis où une forme acquiert sa consistance. Des histoires bidimensionnelles, comme les récits d'Héctor Álvarez et de Mallea lui-même, qui dérivent vers l'inconscience.Tous les récits ont un dénominateur commun : la conséquence de la conclusion à laquelle parviennent leurs protagonistes dans chaque histoire. Ils décident eux-mêmes de l'ironie de leur destin et se laissent à la fois balancer par le devenir de leurs vies. Les motifs des histoires passent au second plan ; ils ne sont pas l'essentiel, mais la conséquence qui achèvera chaque récit.L'auteur est né en Amérique du Sud, peut-être sous l'influence de procédés qui dissimulent les données et les situations, comme chez Juan Carlos Onetti, et même de touches plus fantaisistes, dans une proximité avec Jorge Onetti. Son style mêle les avant-gardes originelles et les plus avancées de ces dernières années.L'un des récits, pas le premier, qui ne donne pas son titre mais sa forme au livre, semble situer l'histoire des hommes autour d'une vie nocturne débouchant sur la vie quotidienne. Ce livre n'est-il pas réellement une progression à travers les nuits pour atteindre les clartés d'autres œuvres possibles ?PERTENECÍ, premier titre évocateur, ouvre avec certitude la voie à des livres à venir, plus ambitieux, dans la logique de cette volonté de dépassement.